vendredi 22 juillet 2011

Sur la Vraie Dévotion de la Très Sainte Vierge Marie


Préface du Révérand P.F.W. Faber traduite littéralement sur la deuxième édition anglaise du Traité de la Véritable Dévotion à la Très Sainte Vierge

C'est en 1846 ou 1847, à Saint-Wilfrid que j'étudiai pour la première fois la vie et l'esprit du Vénérable Grignon de Montfort. Aujourd'hui, après plus de quinze années, il m'est bien permis de dire que ceux qui le prennent pour leur maître, trouveront difficilement un saint ou écrivain ascétique qui captive plus que lui leur intelligence par sa grâce et son esprit. [...] Il y a peu d'hommes dans le XVIIIe siècle, qui portent plus fortement gravées sur eux les marques de l'homme de la Providence, que cet autre Elie, Missionnaire du Saint-Esprit de Marie. Sa vie entière fut une telle manifestation de la sainte folie de la Croix, que ses biographes s'accordent à le classer avec saint Siméon Salus et saint Philippe Néri. Clément XI le fit Missionnaire apostolique en France, afin qu'il dépensât sa vie à combattre le Jansénisme, si compromettant pour le salut des âmes. Depuis les Épitres des Apôtres, il serait difficile de trouver des paroles aussi brûlantes que les douze pages de sa prière pour le Missionnaires de sa Compagnie. J'y renvoie instamment tous ceux qui ont de la peine à conserver, au milieu de leurs nombreuses épreuves, les premiers feux de l'amour des âmes. Il était à la fois persécuté et vénéré partout. La somme de ses travaux, comme celle de saint Antoine de Padoue, est vraiment incroyable et inexplicable. Il écrit quelques traités spirituels, qui ont eu déjà une remarquable influence sur l'Église depuis le peu d'années qu'ils sont connus, et qui sont appelés à voir une influence beaucoup plus large encore dans les années à venir. Ses prédications, ses écrits et sa conversation étaient tout imprégnés de prophéties et de vues anticipées sur les derniers âges de l'Église.

Il s'avance, nouveau saint Vincent Ferrier, comme il était aux jours qui touchent au dernier jugement, et proclame qu'il apporte, de la part de Dieu, le message authentique d'un honneur plus grand, d'une connaissance plus étendue et d'un amour plus ardent pour Marie, aussi bien que de la liaison intime qu'elle aura avec le second avènement de son Fils. Il a fondé deux Congrégations religieuses, une d'hommes et une autre de femmes, qui sont l'une et l'autre très prospères. Et cependant, il mourut à l'âge de 43 ans, en 1716, après seize années seulement de prêtrise.

C'est le 12 mai 1853 qu'a été prononcé à Rome le décret qui déclare ses écrits exempts de toute erreur pouvant faire obstacle à sa canonisation. Dans ce traité sur la véritable dévotion à la sainte Vierge, il a écrit ces paroles prophétiques : « Je prévois clairement que des bêtes frémissantes viendront avec fureur pour déchirer de leurs dents diaboliques ce petit écrit, et celui dont le Saint-Esprit s'est servi pour l'écrire, ou de moins pour l'ensevelir dans le silence d'un coffre, afin qu'il ne paraisse point.» Malgré cela, il en prophétise tout à la fois l'apparition et le succès. Tour ceci s'est accompli à la lettre. L' auteur était mort en 1716, et c'est comme par hasard que se traité fut trouvé par un des prêtres de sa Congrégation, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en 1842. Le supérieur d'alors put attester qu'il était du vénérable fondateur. Et l'autographe fut envoyé à Rome pour être examiné dans le procès de canonisation.
Tous ceux-là, sans nul doute, qui liront ce livre, aime déjà Dieu, et se plaignent de ne pas L'aimer davantage; tous désirent quelque chose pour Sa gloire, la propagation de quelque bonne oeuvre, la venue d'un temps meilleur, le succès de quelque dévotion; l'un a fait tous ses efforts pendant des années pour vaincre un défaut particulier, et il n'a pas réussi; un autre a demandé avec larmes la conversion de ses parents et de ses amis, et il s'étonne que, malgré ses larmes, si peu d'entre eux se soient convertis à la foi; celui-ci se désole de n'avoir pas assez de dévotion; celui-là s'attriste d'avoir une croix à porter qu'il trouve trop lourde pour sa faiblesse, tandis qu'un troisième rencontre dans sa famille des troubles et des malheurs domestiques qui lui paraissent incompatibles avec l'oeuvre de son salut; et pour toutes ces choses, la prière semble apporter si peu de soulagement! Quel est donc le remède qui leur manque? Quel est le remède indiqué par Dieu Lui-même? Si non nous en rapportons aux révélations des Saints, c'est un immense accroissement de la dévotion à la sainte Vierge; mais comprenons-le bien, l'immense n'admet pas de bornes.

Ici, en Angleterre, Marie n'est pas à moitié assez prêchée. La dévotion qu'on a pour elle est faible, maigre et pauvre; elle est jetée hors de sa voie par les ricanements de l'hérésie. Dominée par le respect humain et la prudence charnelle, elle voudrait faire de la vraie Marie une Marie si petite que les Protestants puissent se sentir à l'aise autour d'elle. Son ignorance de la théologie lui enlève toute sa vie et toute sa dignité; elle n'est pas le caractère saillant de notre religion, comme elle doit l'être; elle n'a pas foi en elle-même. Et c'est pourquoi Jésus n'est pas aimé, les hérétiques ne sont pas convertis, l'Église n'est pas exaltée; les âmes qui pourraient être saintes, dépérissent et dégénèrent; les sacrements ne sont pas fréquentés comme il faut; les âmes ne sont pas évangélisées avec l'enthousiasme du zèle apostolique; Jésus n'est pas connu, parce que Marie est laissée en oubli; des milliers d'âmes périssent, parce que Marie est éloignée d'elles. C'est cette ombre indigne et misérable, à laquelle nous osons donner le nom de dévotion à la sainte Vierge, qui est la cause de toutes ces misères, de tous ces obscurcissements, de tous ces maux, de toutes ces omissions, de tous ces relâchements. Cependant, si nous devons croire les révélations de Saints, Dieu veut expressément une plus grande, une plus large, une plus solide, une toute autre dévotion envers Sa sainte Mère. Je ne crois pas qu'il y ait une oeuvre plus excellente, plus puissante pour arriver à ce but, que la simple propagation de cette dévotion particulière du bienheureux Grignon de Montfort.
Que quelqu'un essaye seulement pour lui même cette dévotion; et la surprise que lui feront les grâces qu'elle porte pour elle, et les transformations qu'elle produira dans son âme, le convaincront bientôt de son efficacité, d'ailleurs presque incroyable, comme moyen pour obtenir le salut des âmes et la venue du royaume de Jésus-Christ! Oh! si Marie était seulement connue, il n'y aurait pas de froideur alors pour Jésus! Oh! si Marie était seulement connue, combien plus admirable serait notre foi, et combien différentes seraient nos Communions! Oh! si Marie était seulement connue, combien plus heureux, combien plus saints, combien moins mondains nous serions, et combien mieux nous deviendrions les images vivantes de Notre-Seigneur et Sauveur, son très cher et tout divin Fils!

J'ai traduit moi-même le traité tout entier, et je me suis donné pour cela beaucoup de peine, et j'ai été scrupuleusement fidèle. En même temps je me permettrai d'avertir le lecteur que par une seule lecture, il sera bien loin de le posséder, de s'en rendre maître. Si j'ose ainsi parler, on trouve dans ce livre le sentiment de je ne sais quoi d'inspiré et de surnaturel, qui va toujours en augmentant au fur et à mesure qu'on avance dans son étude. De plus, on ne peut s'empêcher d'expérimenter, après des lectures répétées, que sa nouveauté ne semble jamais vieillir, ni sa plénitude diminuer, ni le frais parfum et le feu sensible de son onction s'altérer et s'affaiblir.

Daigne le Saint-Esprit, le divin Zélateur de Jésus et de Marie, donner une nouvelle bénédiction à cet ouvrage en Angleterre, et qu'il Lui plaise nous consoler bientôt par la canonisation de ce nouvel apôtre et ardent missionnaire de Son Épouse très chère et toute immaculée, et plus encore par la prompte venue de cet âge glorieux de l'Église qui doit être l'âge glorieux de Marie.

F.W. Faber
Prêtre de l'Oratoire.
Présentation de Notre-Dame, 1862.